B. Les facteurs de la recomposition des espaces productifs

1. Les FTN, principaux acteurs de la production

Dans le cadre de la DIT, le système productif est organisé en chaînes de valeur ajoutée : la fabrication d’un produit est décomposée en différentes étapes (conception à assemblage) sur plusieurs territoires sous la supervision d’une entreprise qui optimise l’organisation de ses activités afin d’améliorer sa rentabilité (valeur/coût).

Dans le système productif mondial, les FTN jouent un rôle majeur. Ce sont ainsi plus de 60 000 entreprises, contrôlant 500 000 filiales sur la planète (80 millions de salariés), qui réalisent plus de la moitié des échanges mondiaux. Si elles restent fortement associées à leur Etat d’origine (enjeux diplomatiques et stratégiques) où elles maintiennent généralement leur siège social (décision) et leurs activités de R&D (recherche), elles disposent d’une influence considérable à l’échelle locale, nationale et mondiale. Elles contrôlent ainsi toute la chaîne de production (fourniture de matières premières, assemblage, vente) : le choix des territoires où elles investissent tout comme le choix de leurs fournisseurs et de leurs sous-traitants dépendent d’une analyse qui tient compte d’un grand nombre de facteurs (fiscalité, coût salarial, risque géopolitique, protection sociale…) afin de maximiser leur profit. Les FTN participent donc fortement à la recomposition des espaces productifs.

Ces dernières années, des FTN contrôlées par des pays émergents (Chine, Inde…) se classent parmi les firmes les plus importantes du monde. En 2019, la Chine compte même plus de FTN que les Etats-Unis dans la liste des 500 sociétés les mieux cotées en bourses (129 contre 121). Avec leurs FTN, les pays émergents s’attaquent aux marchés internationaux et n’hésitent pas à faire concurrence aux pays occidentaux en provoquant parfois des tensions politiques (Etats-Unis/Chine). Toutefois le top 10 reste largement dominé par les entreprises américaines (8/10), en particulier par les GAFAM.

Les Etats jouent aussi un rôle dans la recomposition des espaces productifs en orientant les IDE vers leur territoire plutôt que vers un autre (le concurrent). Pour sortir gagnant de cette mise en concurrence des territoires par les FTN, ils adaptent leurs politiques fiscales (baisse d’impôts, zones franches), sociales (baisse de charges) voire environnementales (suppression de normes) et renforcent leurs équipements (ports, aéroports, réseau internet).

Enfin, autour des FTN, les acteurs de la finance (banques, bourses…) facilitent le financement des entreprises et peuvent contribuer à échapper à l’impôt (paradis fiscaux). En 2019, les 100 premières FTN capitalisaient plus de 21 000 milliards $, soit 1/4 de la capitalisation boursière mondiale.

Ecoute la leçon (lue par Sajaline, 1A)

2. Les conséquences de la révolution numérique

La révolution numérique (informatique, internet) bouleverse les systèmes productifs en accélérant la diffusion de l’informatisation, de l’automatisation et de la robotisation par exemple. Elle favorise l’apparition de nouveaux systèmes (Internet), de nouveaux produits (objets connectés), de nouvelles logiques de production (« juste à temps ») et de nouveaux services (e-commerce).

Grâce à la révolution numérique, l’information circule plus vite (instantanéité) d’un point à l’autre de la planète permettant d’interconnecter les systèmes productifs (mise en réseau) et ainsi de mieux coordonner les activités tout au long de la chaîne de valeur, avec une meilleure précision, une plus grande sécurité et à des coûts plus faibles. Par exemple, la géolocalisation par satellite donne la possibilité aux entreprises de suivre en temps réel leur marchandise (avion, poids-lourds, conteneur) et de mieux gérer leur logistique.

L’économie numérique met en relation les espaces productifs en supprimant les contraintes liées à la distance et au temps. Les centres d’appels de certains services consommateurs peuvent être délocalisés vers des territoires où les salaires sont bas (Madagascar). De la même manière, la sous-traitance informatique est facilitée (programmation en Inde). Dans la finance, le réseau interbancaire SWIFT (10 000 banques) facilite les transferts de fonds transfrontaliers (7,8 milliards d’ordres passés en 2018) avec une capacité de 300 milliards de dollars de paiements par jour.

Toutefois, la révolution numérique s’accompagne de nouveaux enjeux : l’uberisation de l’économie, influence croissante des GAFAM, cybercriminalité, protection des données personnelles.

Ecoute la leçon (lue par Yslène, 1G)


Vocabulaire

Capitalisation boursière : valeur de marché d’une société cotée en Bourse.

Chaîne de valeur ajoutée : différentes étapes de production d’un bien, matériel ou immatériel, ou d’un service complexe au sein d’une entreprise (de l’approvisionnement en matières premières à la commercialisation/service après-vente).

FTN (firme transnationale) : entreprise qui a des activités dans plusieurs pays.

GAFAM : entreprises américaines qui dominent le secteur du numérique (Internet) = Google (), Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.

Investissements directs à l’étranger (IDE) : tout investissement transfrontalier dont le résultat est soit d’acquérir (ou de contrôler) une société existante, soit de créer une filiale.

Système productif : ensemble des facteurs et des acteurs concourant à la production, à la circulation et à la consommation de richesses.

Ubérisation : modèle de commerce qui tire parti des nouvelles technologies numériques et qui met en relation directe et quasi-instantanée des clients et des prestataires fournisseurs de ressources, avec un coût de revient réduit et des prix très bas.


Documents

– Vidéo : Les GAFA sont-ils trop puissants ? (France 24, 2020)

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Auteur : M.REGNIER

M. REGNIER enseigne l'histoire-géographie au lycée Balata en Guyane.