B. Les révolutions de 1848

« L’insurrection finit là où la révolution commence. »

Guiseppe Mazzini
1. Le « printemps des peuples » en Europe

L’année 1848 est marquée par un vent révolutionnaire en Europe. Des insurrections libérales et nationales se manifestent un peu partout en Europe : on parle du « printemps des peuples ».

Ces événements font écho à la révolution française de 1848. En février 1848, Paris est secouée par trois jours d’émeutes populaires (21-24 février) qui provoquent le départ de Louis-Philippe et la mise en place de la IIe République.

En mars 1848, Vienne se soulève sous la pression des bourgeois libéraux, entraînant la démission de Metternich et l’installation d’une constitution. Dans ce contexte, l’Autriche doit faire face à une révolte en Hongrie et à l’émancipation de la ville italienne de Milan.

En Prusse, le roi fait des concessions (liberté de la presse, réformes) et accorde une constitution à son peuple.

Dans les États allemands, les révolutionnaires qui souhaitent une politique plus libérale et l’unité nationale, obtiennent la création d’une assemblée nationale constituante (Constitution de Francfort).

Dans le prolongement de ces événements, la République est proclamée à Rome (Mazzini) en 1849.

Ecoute la leçon (lue par Yildiz, 1D)

Yildiz, 1D

Le résumé en schéma : Le « printemps des peuples » en Europe

2. Le retour à l’ordre

Les espoirs nés avec les révolutions de 1848 sont rapidement contrariés : les souverains européens mènent une répression violente avec l’objectif d’un retour à l’ordre.

Les Habsbourg reprennent le contrôle de l’Autriche et rétablissent l’ordre dans les États italiens (Sicile, Naples, Lombardie-Vénétie) sous la baguette du maréchal Radetzky.

En Hongrie, l’intervention autrichienne soutenue par la Russie met fin à l’expérience révolutionnaire.

Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, contrarie le plan d’une unité allemande en refusant la couronne d’Allemagne émanant d’un mouvement populaire.

La France, qui est pourtant désormais une république, réprime durement une révolte ouvrière en juin et mène une expédition militaire contre une autre république, celle de Rome (Mazzini).

L’issue du « printemps des peuples » est une nouvelle déception pour les partisans des idées libérales. Cependant, les aspirations libérales subsistent et circulent toujours en Europe notamment avec l’influence des exilés politiques (Kossuth).

Ecoute la leçon (lue par Sajaline, 1A)

Sajaline, 1A.

Le résumé en schéma : Le retour à l’ordre suite aux révolutions de 1848


Documents

Ecoute active : La Révolution française de février 1848

A. Des idées contestataires persistantes

1. Le refus des réformes libérales en France

En France, la mise en place de la monarchie de Juillet avec Louis-Philippe en 1830 est une victoire de la bourgeoisie et ouvre la voie au modèle libéral. Pourtant, les réformes politiques attendues par les orléanistes modérés (Parti du Mouvement mené par Adolphe Thiers) pour avancer vers un régime plus démocratique (réformes électorales) n’ont pas lieu.

Dès 1831, les orléanistes conservateurs (Parti de la Résistance) sous l’influence de Guizot sont au pouvoir. Pour eux, la Charte de 1830 est suffisante en matière d’ouverture. Le gouvernement conservateur mis en place favorise les propriétaires et les notables et refuse d’engager des réformes politiques. L’idée du suffrage universel direct réclamé par les Républicains est écartée.

Avec le souci de maintenir l’ordre, les soulèvements républicains (1832) et populaires (révolte des canuts à Lyon) sont réprimés.

Sur le plan des libertés, des lois durcissent les libertés d’association (1834) et de la presse (1835).

Le suffrage censitaire exclut de facto une grande partie de la population (femmes, ouvriers et paysans).

Ecoute la leçon (lue par ton professeur)

Le résumé en schéma : Le refus des réformes libérales en France

2. Esprit libéral et mutations sociales en Europe

Malgré la répression des mouvements des années 1820 et 1830, les revendications subsistent. Elles sont notamment portées par les réfugiés politiques originaires des États où les soulèvements ont échoué. Ces exilés participent ainsi à la circulation des idées en Europe, à l’image de l’italien Guiseppe Mazzini, figure des carbonari, qui fonde le mouvement nationaliste européen « Jeune Europe » en Suisse en 1834.

En France, les Trois Glorieuses entraînent l’instauration d’une monarchie en apparence libérale mais elle déçoit rapidement les réformistes.

Parallèlement à cette effervescence politique, le contexte économique et social se transforme. Dans les villes, les débuts de l’industrialisation associée à la concentration ouvrière causent l’affaiblissement des conditions de vie des ouvriers (textile) et creusent les inégalités sociales : on parle alors de paupérisme. Cette évolution participe au développement des nouvelles idées politiques comme le socialisme.

Enfin, la crise économique qui frappe l’Europe en 1846 va aggraver les tensions.

Ecoute la leçon (lue par Sherda, 1G)

Sherda, 1G.

Le résumé en schéma : Esprit libéral et mutations sociales en Europe


Vocabulaire

Monarchie de Juillet : nom donné à la période correspondant au règne de Louis-Philippe (1830-1848), roi de Français installé sur le trône à l’issu des Trois Glorieuses (juillet 1830).

Paupérisme : état de grande pauvreté d’une population.

Réformistes : personnes favorables à des réformes politiques ou sociales.

Socialisme : idéologie qui apparaît au XIXe siècle en réaction aux inégalités sociales dans la société et qui propose un nouveau modèle politique, économique et social plus juste et équitable entre les individus.

Documents

– étude de document : La critique de la Monarchie de Juillet (1830-1848)

B. Le souffle des aspirations libérales et nationales

1. La remise en cause de l’ordre ancien

Le nouvel ordre européen, qui ne répond pas aux aspirations libérales et nationales, est rapidement remis en cause.

Dans les années 1820, une vague de mouvements contestataires se développe. La société secrète des carbonari aux revendications libérales est à l’origine de révoltes dans certains États italiens (Naples et Piémont). En Espagne, des officiers obligent le roi à accepter une constitution en 1820.

Dans les années 1830-1831, un élan révolutionnaire qui part de France se diffuse en Europe. Avec les ordonnances du 25 juillet 1830, le roi Charles X cherche à renforcer son pouvoir et à limiter les libertés publiques. En réaction, les Parisiens se soulèvent et renversent le roi à l’issue de trois jours de lutte : c’est les Trois Glorieuses. Louis-Philippe, réputé libéral, devient alors le « roi des Français ».

L’événement trouve un écho en Europe. A l’issue d’une révolution en 1830, la Belgique s’émancipe des Pays-Bas et devient une monarchie constitutionnelle. En Pologne, un soulèvement national (né d’un complot militaire) contre la domination russe, éclate en novembre 1830. La vague contestataire secoue également certains États italiens et allemands.

Les aspirations d’émancipation nationale s’inspirent du soulèvement des Grecs contre les Ottomans en 1821. La lutte des Grecs, qui cause le massacre de civils turcs (Tripolitza, 1821) et grecs (Chios en 1822), reçoit le soutien des puissances européennes et mène à l’Indépendance de la Grèce en 1830.

Le massacre de Chios (25 000 civils grecs tués et 45 000 Grecs vendus comme esclaves) choque l’opinion publique internationale et favorise le philhellénisme.

Le résumé en schéma : La remise en cause de l’ordre ancien

2. Des contestations largement réprimées

Les contestations libérales des années 1820 sont réprimées par la Sainte-Alliance. En 1821, l’Autriche intervient dans les États italiens qui se sont soulevés (Naples, Piémont) pour remettre en place la monarchie absolue. En 1822, c’est la France qui rétablit l’ordre ancien en Espagne.

Les mouvements révolutionnaires des années 1830 ont permis à la France de se réconcilier avec la monarchie constitutionnelle (Trois Glorieuses) et à la Belgique de devenir indépendante, mais ils sont fortement réprimés dans les autres régions d’Europe. La Russie met ainsi fin à l’expérience d’autonomie de la Pologne par la force en 1831. L’Autriche rétablit l’ordre dans les États italiens et la Confédération germanique.

De son côté, la Grèce doit son indépendance à l’intervention de la Russie, de la France et de l’Angleterre face à la répression ottomane.

La répression des mouvements contestataires européens pousse de nombreuses personnes à s’exiler (réfugiés politiques) à Paris, à Londres ou en Suisse.

Si les soulèvements contre l’ordre du Congrès de Vienne n’ont pas abouti, ils montrent tout de même que la situation politique en Europe est fragile.

Le résumé en schéma : Des contestations largement réprimées


Vocabulaire

Carbonari : société secrète et politique qui est à l’origine des troubles qui remettent en cause l’ordre du Congrès de Vienne en Italie dans les années 1820 et 1830.


Documents

Etude de document : La répression russe en Pologne.

PPO : Le massacre de Chios (1822) [PDF]

PPO : Les Trois Glorieuses (1830) [PDF]

Décryptage : « La Liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix exposé à Paris en 1831.


Pour aller plus loin (et pour le goût de la culture)…
« Eugène Delacroix », Les grands maîtres de la peinture, Toute L’Histoire, 2015.