A. Le Consulat : un régime autoritaire et réformateur

1. La concentration des pouvoirs par Bonaparte

La Constitution de l’an VIII (13 décembre 1799) installe le Consulat dans le prolongement de la Révolution avec la volonté de mettre fin à l’instabilité du Directoire. C’est un régime républicain mais autoritaire.

Le Consulat maintient en apparence la séparation des pouvoirs. Le Premier consul (Bonaparte) dispose du pouvoir exécutif, les deux autres consuls ayant un rôle consultatif. Le pouvoir législatif est partagé (et donc affaibli) entre quatre assemblées dont les membres sont nommés par le Premier consul qui a l’initiative des lois.

Le suffrage universel (masculin) est rétablit mais il ne garantit plus la représentation de la nation dans la fabrication de la loi.

Enfin, Bonaparte peut consulter le peuple par plébiscite. C’est ainsi qu’il se fera investir consul à vie en 1802.

2. Des libertés contrariées

Alors que le Premier consul verrouille les assemblées, surtout à partir de 1802, les libertés individuelles, héritage des Droits de l’Homme, font les frais de l’autoritarisme de Bonaparte.

Pour museler l’opposition et les critiques, il supprime la liberté de la presse en 1800 (censure des journaux).

Bonaparte s’appuie également sur une police politique, dirigée par Fouché, pour contrôler les opposants au régime (jacobins, royalistes) et déjouer les conspirations qui s’organisent contre lui (conspiration de la machine infernale). Les menaces sur sa personne servent de prétexte à l’élimination de ses adversaires qui sont arrêtés, exilés ou exécutés (duc d’Enghien).
Progressivement, les libertés d’expression, de réunion et de circulation sont restreintes.

3. Une société réorganisée et modernisée

Bonaparte centralise l’administration et refond les institutions (« masses de granit ») pour moderniser et unifier la France sans renier tous les acquis de la Révolution.

Le Code civil (1804), trait d’union entre les pratiques de l’Ancien régime et l’esprit de la Révolution, forge un droit moderne qui s’applique à tous les citoyens (principe d’égalité). Il défend une vision laïque de l’état civil et consacre le droit de propriété et la liberté de conscience.

Les préfets exercent la puissance publique et surveillent la population dans les départements en référant au pouvoir central (Bonaparte).

La création des lycées (1802), qui forme les futurs fonctionnaire, et de la légion d’honneur (1802) favorise l’apparition de nouvelles élites.

La réorganisation des finances s’appuie sur une nouvelle monnaie (le Franc germinal, 1803) stable et sur la Banque de France (1800) qui lui garantit sa valeur et a le monopole de l’émission des billets.

Dans un esprit de réconciliation, Bonaparte restaure également la paix religieuse par un accord avec le Pape : c’est le Concordat de 1801.


Vocabulaire

Élites : ensemble des personnes qui occupent le premier rang de la société en fonction de leur origine sociale ou de leur niveau d’éducation.

« Masses de granit » : nom donné par Napoléon aux institutions et réformes qu’il met en place pour moderniser la France.

Plébiscite : consultation des électeurs qui se présente sous la forme d’une question à laquelle il faut répondre par « oui » ou « non ».


Personnage de l’Histoire : Fouché


Documents

– Etude de document : Présentation de la Constitution de l’an VIII par les Consuls (1799)

– Etude de document : Le consulat (1799-1804)

– Schéma : les « masses de granit »

– Point de passage et d’ouverture (PPO) : Le Code civil (pdf)

C. Une République fragilisée

1. La fin de la « Terreur »

Fin 1793, la situation s’améliore. La répression met fin aux insurrections intérieures (fédéralistes et Vendéens) et la menace extérieure recule (bataille de Fleurus, 1794 [utilisation du ballon]).

Les Montagnards se divisent alors. Certains, comme Danton, souhaitent mettre fin à la Terreur. Ils sont accusés de faiblesse et exécutés. Robespierre concentre les pouvoir au sein du Comité de salut public : il assume la « Terreur » et menace la « horde des fripons » qui s’opposent à lui à la Convention. Ses adversaires s’unissent et la Convention se retourne contre la Terreur : Robespierre et ses partisans sont arrêtés (27 juillet 1794 – 9 Thermidor an II) et sont exécutés le lendemain.

2. La République des Thermidoriens

Les « Thermidoriens », responsables de la chute de Robespierre cherchent à rétablir la stabilité (loi des suspects abrogée, fermeture du Club des Jacobins).

La Convention thermidorienne se heurte à des insurrections populaires (crise économique et sociale) mais aussi royalistes (insurrection du 5 octobre 1795). Le 26 octobre 1795, une nouvelle Constitution (Constitution de l’an III) met en place le Directoire. Ce nouveau régime politique s’appuie sur les bourgeois propriétaires, seuls à pouvoir voter au suffrage censitaire et accorde plus de tolérance vis-à-vis de la religion.

A l’extérieur s’ouvre une période de conquêtes et de succès. Les Républiques sœurs (Pays-Bas, Suisse) sont créées à partir de 1795. Bonaparte, général victorieux de la campagne d’Italie, signe un traité de paix avec l’Autriche (Campoformio, 18 octobre 1797).

3. Le coup d’État de Bonaparte

Le Directoire est marqué par des élections annuelles qui renforcent le risque de voir les royalistes ou les Jacobins prendre le pouvoir. En 1797, le pouvoir législatif passe sous la coupe des royalistes soupçonnés de préparer un complot. Une partie du Directoire (triumvirat) organise alors un coup d’État, fait arrêter les complotistes puis les déporte en Guyane.

La République est sauvée mais dans l’illégalité. Dans un contexte de pression et d’instabilité, le Directeur Sieyès souhaite réformer la Constitution pour renforcer le pouvoir exécutif. Il favorise à cet effet le coup d’État du général Bonaparte (9 novembre 1799) qui met en place un nouveau régime politique avec un pouvoir exécutif fort : le Consulat (Constitution de l’an VIII).


Vocabulaire

Thermidoriens : députés de la Convention qui prennent le pouvoir après la chute de Robespierre.


Documents

– schéma : le Directoire

– Carte : L’extension de la République (1795-1799)

Le coup d’État de Brumaire (9-10 novembre 1799) par Thierry Lentz, historien, directeur de la Fondation Napoléon © Fondation Napoléon – 2019

B. La République face aux menaces

1. Des menaces de toutes parts

Alors que la jeune République s’engage dans une guerre contre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies (février 1793) dans l’intention de diffuser ses idéaux révolutionnaires, une coalition de monarchies européennes se met en place et va repousser les offensives françaises. La menace extérieure se renforce.

Dans le même temps, la République doit faire face à des guerres civiles qui la menace de l’intérieur. Dans un contexte de guerre, la Convention décrète la levée en masse de 300 000 hommes. La décision entraîne une révolte en Vendée (Vendée militaire) et renforce la Chouannerie dans une Bretagne déjà sous tension notamment à cause de l’instauration de la constitution civile du clergé. A cela s’ajoute le soulèvement de plusieurs villes (Marseille, Lyon) en réaction à l’arrestation des Girondins (2 juin 1793) : l’insurrection fédéraliste.

2. La « Terreur »

Après l’arrestation des Girondins, la Convention passe sous le contrôle des Montagnards soutenus par les sans-culottes. Alors qu’une nouvelle Constitution est adoptée (Constitution de l’an I) à l’été 1793, le contexte empêche son application. La Convention se maintient et devient un gouvernement révolutionnaire.

Dans les faits, les pouvoirs se concentrent au sein du Comité de salut public, véritable gouvernement, qui passe sous le contrôle de Robespierre. Il s’appuie sur le Comité de sûreté générale chargé de pourchasser toute personne suspecte de s’opposer au cours de la Révolution (loi des suspects) et sur le Tribunal révolutionnaire, principal instrument de la « Terreur » qui tend vers une justice expéditive (loi du 22 prairial), responsable de l’exécution de plusieurs milliers de personnes.

En province, les représentants en mission appliquent les décisions du pouvoir central, parfois sans ménagement (siège de Lyon, noyade de Nantes).


Vocabulaire

Chouannerie : révolte bretonne contre la Convention montagnarde caractérisée par la guérilla.

Comité de salut public : organe de la Convention qui a les pleins pouvoirs afin de protéger la République des menaces de l’extérieur et de l’intérieur. Mis en place au printemps 1793 pour un temps limité, il est maintenu jusqu’à l’automne 1795.

Comité de sûreté générale : comité mis en place par la Convention dans le but de pourchasser les individus suspectés d’être des ennemis de la République = police politique.

Insurrection fédéraliste : révoltes en province (Marseille, Lyon) en réaction à l’arrestation et l’élimination des députés Girondins.

Représentant en mission : députés de la Convention envoyés dans les provinces troublées pour les pacifier.

Tribunal révolutionnaire : cour de justice d’exception, sans recours possible, créée à Paris (1793-1795) qui servira activement sous la Terreur.

Vendée militaire : espace dans lequel a lieu la révolte en Vendée.


Documents

carte : La République menacée

La Convention et ses comités

La Loi des suspects (17 septembre 1793)

C. L’échec de la monarchie constitutionnelle

1. La Constitution de 1791

Sur le modèle britannique et dans le courant des idées des Lumières (séparation des pouvoirs), l’Assemblée constituante adopte une Constitution le 3 septembre 1791 qui introduit le partage du pouvoir entre le roi et l’Assemblée nationale. Le roi dispose du pouvoir exécutif tandis que les lois sont votées par l’Assemblée (pouvoir législatif).

Ce compromis politique permet d’encadrer la monarchie qui doit rendre compte à la nation : on parle de monarchie constitutionnelle. Toutefois seuls les citoyens actifs (= qui contribuent à l’impôt) ont le droit de vote (suffrage censitaire). Les femmes n’ont pas le droit de vote.

2. Le discrédit du roi et la fin de la monarchie

Louis XVI voit d’un mauvais œil la Révolution. En juin 1791, il tente de s’enfuir avec sa famille pour rejoindre des troupes acquises à sa cause avec l’intention de mener une contre-révolution. Arrêté à Varennes, il est ramené à Paris et suspendu de ses fonctions jusqu’à l’adoption de la Constitution en septembre. Même s’il prête serment à la Constitution, considéré comme un traître, il perd la confiance d’une partie du peuple qui réclame une république (fusillades du 17 juillet 1791).

L’Assemblée nationale déclare la guerre à l’Autriche, alliée de la Prusse, le 20 avril 1792, sous l’influence des Girondins. Le roi, qui voit l’occasion de retrouver son pouvoir, y est favorable. Mais l’armée française, désorganisée, cumule les défaites et les troupes étrangères envahissent le territoire : l’Assemblée déclare alors « la Patrie en danger » le 11 juillet 1792. Des volontaires (les fédérés) rejoignent Paris pour défendre la nation.

Le roi est soupçonné de jouer un double-jeu. La tension monte et la foule menée par les sans-culottes et des fédérés attaquent les Tuileries le 10 août 1792. Sous la pression, l’Assemblée nationale met en place la Convention et suspend la fonction royale : c’est la fin de la monarchie.


Vocabulaire

Constitution : loi qui fixe l’organisation des pouvoirs et précise le fonctionnement des institutions.

Fédérés : membres des associations armées qui défendent les idées révolutionnaires.

Girondins : groupe de députés républicains plutôt modérés, rival des Montagnards et hostile aux sans-culottes.

Monarchie constitutionnelle : régime dans lequel le pouvoir du roi et encadré par une Constitution.

Montagnards : groupe de députés siégeant sur les gradins du haut de l’Assemblée. Favorables à la République, ils sont proches des sans-culottes.

Sans-culottes : surnom des révolutionnaires parisiens, issus des catégories populaires. Ils son reconnaissables à leurs habits.


Documents

La Constitution de 1791 (Monarchie constitutionnelle)

Le Quiz

B. Une société nouvelle dans une France modernisée

1. Forger la nation sur des principes nouveaux

Le 26 août 1789, l’Assemblée nationale adopte un texte moderne qui pose de nouveaux principes devant s’imposer à la société dans son ensemble : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Elle proclame la souveraineté de la nation, l’égalité de tous devant la loi, la séparation des pouvoirs, l’égalité devant l’impôt et les libertés individuelles (expression, opinions).

La Révolution place la nation au cœur de son nouveau projet politique et sociétal. C’est une transformation radicale qui risque de diviser la société. Il est donc impératif de favoriser l’union nationale et l’esprit de concorde (fête de la fédération du 14 juillet 1790). Des symboles (allégorie de la liberté, chants populaires) viennent répondre à ces enjeux.

2. Réformes et modernisation de l’État

L’Assemblé entreprend de réformer le royaume pour le moderniser. L’organisation du territoire est améliorée avec la création des départements en 1790.

Les réformes touchent également aux rapports en l’État et l’Église. Les biens du clergé sont nationalisés pour rembourser les dettes de la France et les prêtes deviennent des fonctionnaires qui doivent prêter serment de fidélité à nation (constitution civile du clergé). Cette initiative déplaît au Pape et entraîne des divisions au sein de l’Église (prêtres réfractaires).

3. Une nouvelle forme de politique

La Révolution change la manière de faire de la politique. L’enthousiasme et la liberté de circulation des idées ouvrent plus de place aux débats notamment au sein des Clubs politiques (Cordeliers, Jacobins) et des salons, souvent tenus par des femmes lettrées (Mme Roland).

Cette diffusion des idées, facilitée également par la multiplication des journaux, favorise l’essor d’une opinion publique qui prendra un rôle de plus en plus important dans la politique.


Vocabulaire

Club politique : assemblée de personnes qui partagent les mêmes idées sur la politique et la société.

Constitution civile du clergé : décret voté par l’Assemblée constituante (1790) qui réorganise l’Eglise catholique en France en la plaçant sous le contrôle de l’Etat.

Opinion nationale : jugements et croyances globalement partagés par les individus d’une même société.

Salon : lieu de rencontres mondaines organisées le plus souvent par des femmes riches et cultivées.


Personnage de l’Histoire : Madame Roland


Documents

Les grands principes de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen

La rénovation de l’Eglise française sous la Révolution

Etude de documents : L’essor d’une opinion nationale

Une histoire du drapeau tricolore (site de l’Elysée)

Point de passage et d’ouverture (PPO) : Mme Roland, une femme en révolution (pdf) / Le corrigé (pdf)

Le Quiz

La fête de la Fédération (14 juillet 1790)

Extrait de La Révolution française de Robert Enrico et Richard T. Heffron (octobre 1989)

Intro. Révolution et Empire

Je me situe dans le temps => QUAND ?

M.C = Monarchie constitutionnelle : régime politique dans lequel le pouvoir du roi est limité par une Constitution (= ensemble de règles qui définissent l’organisation du pouvoir).

République : régime politique dans lequel la souveraineté est exercées par des représentants élus. (= régime sans roi)

Empire : régime politique dans lequel la souveraineté appartient à un chef d’État qui porte le titre d’empereur.

Je prose la problématique :

Comment la France a-t-elle été transformée par la Révolution et l’Empire ?

Ce que je dois savoir :

Souveraineté : droit d’exercer l’autorité politique sur un territoire et ses habitants.

– Ancien régime : souveraineté royale = l’autorité appartient au roi
– Avec la Révolution : souveraineté nationale = l’autorité appartient à la nation
[rupture]

Nation : communauté humaine qui a conscience de son unité → même histoire, même culture, même langue… (définition « objective »)

En 1789 , la nation = les citoyens → idée des Lumières du « vivre ensemble » (définition « subjective »)

A. Les soubresauts de 1789

1. La fin de la monarchie absolue

Louis XVI, à la tête d’une monarchie absolue convoque les états généraux début 1789 pour trouver une solution à la crise financière qui touche le pays. Après avoir recuilli les doléances des sujets du royaume, les députés des états généraux se réunissent en mai 1789 à Versailles.

Les députés sont rassemblés en fonction de leur ordre (noblesse, clergé, tiers état) et le système de vote est favorable aux ordres supérieurs (1 ordre = 1 voix). Le Tiers état conteste ce fonctionnement.

Face aux réticences du roi, les députés du tiers état font bloc et se proclament Assemblée nationale le 17 juin. Le 20 juin, ils jurent de donner une Constitution à la France (serment du jeu de paume) : l’Assemblée nationale devient « constituante ». C’est la fin de la monarchie absolue.

2. La fin des privilèges

Une succession d’événements (prise de la Bastille, Grande Peur) va pousser les députés de l’Assemblée constituante à voter l’abolition des privilèges et des droit féodaux (corvées seigneuriales, servitude personnelle, dîmes, droit de chasse…) le 4 août 1789.


Vocabulaire

Doléances : plaintes ou réclamations adressées à une autorité.

Etats généraux : assemblée convoquée par le roi et composée des élus des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état).

Grande Peur : mouvement de révolte des paysans à l’été 1789 qui entraîne la destruction de châteaux et de documents liés aux droit seigneuriaux.


Personnage de l’Histoire : Louis XVI


Documents

La prise de la Bastille en contexte

Etude de document : L’abolition des privilèges

L’abolition des privilèges en contexte

Le Quiz

Octobre 1789 : le retour du Roi à Paris (Tuileries) sous la pression populaire. Extrait de Secrets d’Histoire  : ‘’Les femmes de la Révolution ‘’, France 2, 2018.

Secrets d’Histoire  : ‘’Les femmes de la Révolution ‘’ (extrait)